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« BRÛLEURS DE NOVEMBRE 2005 »
par Céline PAGNY





Le 12 novembre 2005, Orléans

J’écrivais il y a quelques années…
« … » : Un texte sur lequel je n’arrive à remettre la main…

Je m’insurgeais contre le gouvernement qui semblait s’intéresser plus à un autre continent qu’à son propre territoire et à ses habitants. Je ne comprenais pas pourquoi Chirac voulait donner de l’argent aux pays africains alors que des problèmes graves se fomentaient dans les banlieues. Pour moi, il était plus important de s’occuper de la France – je pensais à la misère dans laquelle étaient laissés les habitants des Cités – que des contrées lointaines qui ne devaient rien à voir avec la France. Pour moi, il s’agissait d’une charité mal placée. Une réaction d’indignation du genre : « occupons-nous de chez nous avant de nous occuper des autres ! ».

Entre-temps, j’ai découvert l’histoire des colonisations. J’ai compris pourquoi et quelle sorte de lien il pouvait exister entre la France et cet autre continent.
Et entre-temps la situation a empiré. On ne s’est toujours pas occupé des habitants du territoire français, mais je comprends mieux qu’on se tourne vers l’Afrique.

Il faut reconnaître l’Histoire.
L’hypocrisie, le mensonge, l’évitement ne peuvent plus durer. Je ne prône pas l’éloge de la fuite : il faut affronter. Assumer ses responsabilités. Nous ne sommes pas coupables, certes, mais avons un devoir de responsabilité face à l’Histoire. Les gestes des « casseurs » de l’époque où je descendais dans la rue en tant que lycéenne puis étudiante, je les comprenais. Quand je le disais, on me répondait que je les excusais. La question n’est pas là : je cherchais à les expliquer. Si les casseurs – et à présent les brûleurs de voiture – sont effectivement coupables de ces gestes, nous – nantis – en sommes responsables.

Pas de reconnaissance de l’Histoire d’une population de la part d’un pays, c’est comme quand un parent ne reconnaît pas son enfant. L’enfant, blessé, handicapé à la racine de lui-même, ne peut pas exister correctement. On le prive du droit à l’existence, mais il est là, il prend un chemin, hors piste, il est anarchiste dans le tréfonds de ses entrailles. Il est un être humain, il est, simplement. Il existe quand même, qu’on le veuille ou non. La vie est plus forte.

La France a fait des enfants qu’elle ne reconnaît pas. Ils crient la réalité de leur existence et leur droit à vivre. Je croyais que c’était la paternité d’origine qui posait problème. Et créait le manque de « re-pères ». Finalement je pense que c’est la maternité française qui est absente de cette parenté.

C’est bien le gouvernement qui décide des programmes scolaires. Pourquoi l’Histoire des colonisations n’est-elle pas une priorité ? Le XIXème siècle pose des questions philosophiques intéressantes et contradictoires. Trop complexes pour être véhiculées par des enseignants ? Trouvez alors des spécialistes ! Faites-les intervenir dans les lycées, et surtout dans les collèges ! Sachez utiliser les sociologues sans débouchés, ils y ont réfléchi et sont au chômage !

Les jeunes réfléchissent. Même si l’éducation nationale ne les y invite pas. C’est la nature humaine que de réfléchir ! Alors autant poser des guides, des jalons à la réflexion. La France est le seul pays où la philosophie soit encore au programme, accrochons-nous à cette chance, mais ne la laissons pas qu’aux Terminales. C’est trop tard dix-huit ans. On commence à réfléchir avant en tant qu’être humain !

L’histoire des colonisations n’est pas enseignée à l’école. On refuse de reconnaître le statut de milliers de personnes qui sont parquées dans des zones de plus en plus réservées à ceux qui sont issus de cette histoire, issus de l’immigration. On les cache, on les cloisonne pour que les autres ne les rencontrent pas, en dressant des murs de carton, d’éducation et d’argent. Résultat : ils s’expriment quand même ! La violence est l’ultime recours face à une absence d’écoute. « Oui je suis là, et tu dois me voir ! » Crise existentielle.

C’est ce qui m’a motivée à fonder cette association. Mon but est de générer des rencontres, d’ouvrir des ponts de dialogue, d’écoute. Casser les barrières par des actions, des projets, des tentatives. On expérimente. Ça prendra du temps. La volonté est là. Ouvrir les ponts. Un jour peut-être, tourner « Regards de Sable ».


Le 16 décembre 2005, Lagny-sur-Marne

Un mois plus tard, je n’ai toujours pas mis ce texte en ligne car je cherchais le précédent. Il est plus important d’exprimer ses idées actuelles que de remettre la main sur les anciennes. Ça brûle dans mon cœur de voir toutes ces pages de journaux sur la colonisation alors que les subventions aux associations disparaissent de partout. Une amie licenciée du dispositif des « Junior associations »… La jeunesse est dangereuse pour le gouvernement apparemment. Tout le monde sait qu’on préfère la museler en la jetant en prison que de lui donner les moyens de créer sa propre société.

Associations, nous sommes la force civile, la vraie entité politique contre la propagande et les agissements de nos dirigeants uniquement intéressés par la gloire politicienne ! Sachons utiliser la décentralisation. Convainquons près de nous pour remonter et lutter contre ce qui se trame « en haut ».

Une LOI demande d’enseigner le positif de la colonisation ! Une loi, carrément ! C’est qu’on peut donc être inculpé pour ne pas l’avoir respectée… L’histoire de la colonisation est pleine d’ambiguïtés et l’on ne saurait entretenir les hypocrisies qui durent depuis des siècles en respectant cette loi. Devrons-nous aller en prison pour des idées ? Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque mésaventure de ce siècle ?

Je brandis ces quelques mots pour exprimer ma révolte. Mais dépêchons-nous de nous organiser avant qu’il ne soit définitivement trop tard ! Les jeunes, les trentenaires, bougeons-nous, réunissons-nous pour trouver des idées, pour prendre notre destin en mains !

Si vous voulez vous bouger, en dehors d’un parti politique, contactez-nous, discutons, organisons-nous !


Céline, fondatrice et secrétaire de L’ŒIL DU MONDE



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